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Laurie-Eve Langlois
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Chroniques d’une infirmière nordique

Faut que j’en parle… Ça fait partie du Nord, de son côté sombre, de ses démons, de sa triste réalité.

L’alcool; le poison des Inuits.

Je suis dans un village « sec » à Inukjuak. Aucune vente légale d’alcool n’est autorisée. L’alcool arrive par avion ou par bateau; des commandes personnelles parfois… Et plus souvent des commandes destinées à être vendues à un prix de fou.

Ils la boivent ici sans déguster et apprécier. Les bobos sont trop vifs, il faut vite les noyers. Inconsciemment, sans le dire avec des mots, les ressentiments du passé et la rage habituellement bien ensevelie sous une carapace de résilience se veulent les raisons de ne pas laisser une seule goutte dans cette bouteille de Smirnoff 40%. Puis… Dans le but de noyer leurs peines, ils perdent ensuite le contrôle de leurs émotions, les souvenirs remontent, ils n’ont plus de notion de fatalité, l’identité qu’ils s’efforcent de trouver le reste du temps se perd complètement dans les vapeurs de l’éthanol. Et l’amour se transforme en haine, la vulnérabilité se transforme en agressivité, leurs sourires se transforment en cris de désespoir, le côté paisible du village, des paysages, de la toundra, se transforme en film d’horreur.

Quand le village baigne dans l’alcool…. Il y a une tension palpable, on la sent jusque dans nos appartements de blancs. Les gardes sont plus angoissantes. On doit s’attendre à tout, mais vraiment TOUT.

Puis les autres jours secs reviennent… Et le sourire leur revient.

Ça ne touche pas tous les Inuits…mais ça en touche suffisamment pour que l’on ne se mente pas. Parce qu’ils ont à peu près tous des bonnes raisons de vouloir oublier… Et ce « plaisir » de boire est trop accessible.

J’avais remarqué rapidement leur façon de vivre le moment présent qui m’avait claquée au visage dès mes premiers temps ici…. En me disant qu’on vit souvent trop en pensant au futur. Sauf que vivre dans le moment présent sans avoir de rêves et d’aspiration, en étant dans l’étau des drames de la passée et d’une recherche d’identité, ça plonge l’humain dans ses faiblesses et le mal profond surgit.

Petit train va loin; le syndrome d’alcoolisme fœtal se fait plus rare qu’autrefois ici, signe que les choses peuvent changer, j’imagine. Petit train va loin; plusieurs Inuits ne consomment plus et en sont fiers. Malheureusement le fléau de l’alcool domine encore le Nunavik… Les statistiques ne mentent pas. Petit train va loin; je crois qu’il ne faut pas baiser les bras… mais ça prend plus de ressources, plus d’éducation et de sensibilisation… Et surtout un rêve et une identité propre aux nouvelles générations.

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