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Laurie-Eve Langlois
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Chroniques d’une infirmière nordique

Deux semaines de fait. Sur un total de onze ou dix. J’oublie. Il est retourné là-bas. Je suis restée ici. Pour la première fois depuis trois ans, le Nord nous divise plutôt que de nous unir. Ça semble tragique dit comme ça. Ça n’a pourtant rien de si dramatique.

C’était curieux. Lundi 18 septembre, 5h45 am il a pris cette navette de l’hôtel vers l’aéroport ; seul. Je suis retournée à la maison ; seule. La gorge serrée, le cœur un peu noué, le corps complètement figé. J’avais si peu de mot pour dire comment je me sentais à cet instant précis.

On m’a dit si souvent que le Nord à deux, c’était sûrement mieux. Je le pense aussi. On m’a dit ça en m’apportant que mon ennui de l’univers du Sud devait être moins terrible quand on partage l’univers nordique à deux. C’est sûrement vrai.

Pour lui et moi, c’est un peu plus.

Le Nord, c’est souvent beau, mais parfois, ça te rentre dedans. Curieusement, on a équilibré nos moments de force et de faiblesse aussi naturellement qu’on est tombé en amour avec cette communauté. Quand mes valeurs sont vivement secouées, que les moments les plus noirs du Nord assombrissent les dix-huit heures d’ensoleillement d’une belle journée de juin ; il a soudainement la force, les mots, le réconfort. Puis, à son tour d’être ébranlé, je suis soudainement forte, solide et je prends le flambeau de la béquille, le temps d’un instant.

Je n’écris pas ces mots pour faire l’éloge du couple parfait, loin de là. C’est loin d’être rose et sans embuche d’être constamment un « team » dans tout. Mais je suis de cette vielle pensée qui dit que quand on aime, on aime aussi les imperfections de l’autre. C’est donc ça. Je suis en amour avec les imperfections pas toujours bien dosées que le Nord a placé dans notre vie. Je m’obstinerai avec lui sans arrêt si c’est le prix à payer pour conserver notre complicité.

C’est plus joli dit comme ça.

Notre « nous » a grandit à – 40 degré, en ne comptant plus les heures travaillées et en s’imprégnant de la beauté de cette communauté. S’endormir sans souper après une journée folle et se réveiller en souhaitant que la garde de l’autre soit plus douce, c’est notre zone de confort, notre routine à nous. Aller à la coop et capoter sur la profusion de bananes mi-vertes, mi-noires ou s’acheter une boîte de croquettes de poulet à trente dollars un vendredi soir en remplacement d’une sortie au resto, c’est ce qui nous fait souvent sourire. Notre « nous », il bénéficie de séances de zoothérapie gratuite tous les jours en allant visiter les plus beaux chiens chez nos gentils voisins. Notre « nous » se tient au diapason ; il prend le « pouls » du village en portant son regard à la fenêtre aux moindres sirènes des véhicules d’urgence. Le Nord ne nous définit pas, mais il fait parti de nous malgré nous. Il est en quelques sortes, notre troisième roue du carrosse.

On grandira de ça. De cette, à la fois brève et longue séparation. Tout comme on grandit de tout dans la vie. À la fin de novembre, il reviendra dans notre chez nous du Sud. On aura appris beaucoup, on sera encore un « team », juste un peu plus solide. On réalisera que cette réalité qu’on a choisi de vivre, ce n’est pas tout de notre vie, c’est une partie contributoire à notre bonheur. La vie au Nord, ce n’est pas tout de nous ; elle nous accompagne, nous ébranle et nous fait sourire.

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