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Laurie-Eve Langlois
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Chroniques d’une infirmière nordique

Elle nous a quitté le 23 décembre dernier. Elle était ma collègue. Elle était ma voisine, nos regards se croisaient quasi tous les jours par nos fenêtres. Elle faisait partie de ma deuxième grande famille. Elle me faisait sourire tous les jours, peu importe la garde que j’avais eu la veille. Elle avait un franc parler, une voix rauque unique à elle et les cheveux gris les plus longs qui soient. Chaque ride était remplie d’amour et d’histoires.  Par les « x » chiens qu’elles avaient, je me procurais une séance de zoothérapie quotidienne gratuite, et ça me faisait un bien immense. Son départ m’a ébranlé. J’ai eu envie d’écrire sur celles qui colorent et surtout réchauffent mon quotidien.

Mes collègues de travail inuits font partie de ma deuxième famille, les premières qui m’ont ouvert les bras dans leur communauté, celles qui m’ont ouvert les yeux sur le beau de leur culture. La plupart d’entre elles en ont vu des « blancs » venir travailler au Nord, et trop souvent vite repartir. Elles sont les premières « spectatrices » de ces allées et venues, mais elles ne nous blâment pas. Il faut seulement être patient pour gagner une confiance méritée.

Elles sont nos oreilles et notre voix pour beaucoup de nos patients. Sans elle, ce serait juste impossible. Elles traduisent respectueusement et avec de très longues phrases chacune de nos préoccupations (un seul mot anglais peut parfois se traduire en huit mots Inuktitut) et vice-versa.

Elles sont celles qui nous chantent bonne fête en Inuktitut par le haut-parleur de la clinique, celles qui annoncent que la COOP va fermer à 15h ce PM parce qu’il y a un «feast» de country food sur le bord de la baie, ou simplement celles qui nous chicanent doucement parce qu’on a rangé nos dossiers « tout croche ».

Elles sont peu nombreuses au boulot lors d’une belle journée potentiellement riche de pêche et de chasse. Comme de quoi vivre le moment présent prend son sens et nous confronte à repenser un peu nos priorités.

Nos connaissances de blancs mélangées à l’habitude d’une structure de travail rigide du « Sud » frictionnent parfois avec les valeurs inuits. On n’est pas toujours d’accord, mais dans chaque désaccord, chacune de nous apprend de l’autre, on se fait un « hug », des excuses sincères et on devient meilleurs.

Elles sont parfois au front des difficultés de travailler dans une petite communauté, dans une grande famille. Elles ont assisté de trop près à la perte tragique d’un proche… elles sont fortes à chaque fois bien qu’un peu plus fragiles.

Durant mon long congé, j’ai pris un peu de recul avec le brouhaha du quotidien. Ça m’a ouvert les yeux, ça m’a fait prendre conscience d’un tas de trucs. Ça entre autres ; malgré les frustrations que le rythme et la structure du travail m’imposent et malgré l’oubli du lâcher-prise, ces collègues inuits qui sont pour moi beaucoup plus que des collègues, je dois les prendre comme elles sont. Avec leurs côtés givrés, avec leurs personnalités et surtout tout le vécu qu’elles ont.

Je les aime, elles me manquent, j’ai hâte de les revoir… dans quelques jours à peine.

Merci Mary. Veilles sur ta communauté.

4 comments on “Chronique #27: Plus que des collègues

  1. Guylaine dit :

    Bon retour Laurie! Surtout prend soins de toi en priorité! J’aime vraiment lire tes Chroniques! J’aime la façon dont tu réussis à nous éduquer et à nous faire voir la beauté de la vie en quelques phrases! Merci de prendre le temps de partager tes expériences de travail et surtout de point de vue! Encore une fois, Bravo! Et bon retour!
    Guylaine

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  2. Johanne dit :

    Allô Laurie-Ève,

    Jojo et moi , on vient de lire ensemble ta nouvelle chronique d’aujourd’hui. Je ne pouvais pas deviner que tu écrirais une si belle chronique aujourd’hui, le jour même de notre retour de notre randonnée. Cependant, quand tu me disais que ton retour vers ton village du nord s’en venait très vite et tu serais pas mal occupée, je lisais un petit quelque chose dans tes yeux… Je ne peux pas deviner bien des choses, mais je peux voir dans tes yeux ce qui se passe dans ton cœur. C’est pareil pour Jojo. Une chronique comme ça nous fait réaliser a quel point tu es sensible a tes collègues inuits et que tu comprends leur vécu.

    Nous avons aussi regardé ensemble la vidéo  »Raised by the wolves »… Leçon de courage éloquente… J’ai appris beaucoup de choses sur le  »dog sledding » avec notre  »ami Jocelyn », mais aussi beaucoup avec cette vidéo.

    J’ai dit a Jojo combien j’ai aimé notre escapade dans le froid… Merci pour ta patience avec moi…

    Bonne nuit, repose-toi bien !

    Nous t’aimons beaucoup ! xxxxxx

    ________________________________

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  3. Ginette Boutet dit :

    Wow merci pour le beaux texte . Mon fils est à Salluit depuis 16 ans sa compagne aussi elle travail à l’ecole Primaire et j’ai trois adorable petits enfants . Dommage qu’ils oit Si loing ❤️

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  4. Danielle dit :

    Beau texte en hommage à ta collègue ma belle Laurie

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