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Laurie-Eve Langlois
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Chroniques d’une infirmière nordique

Cette chronique pourrait être commanditée par Purell, grand sauveur de notre hygiène et fournisseur de mains gercées.

Mi-fictif, mi-réel

Une consultation comme une autre. Une gentille petite patiente de 10 ans comme une autre. Avec un problème pas plus grave qu’un autre. Une gastro-entérite. À sa maman mi-attentive, mi-préoccupée par les deux autres marmots de 3 et 5 ans jouent à cache-cache entre le derrière de la table d’examen et le dessous de mon bureau, je fais mon speech usuel 101. Sur le traitement, mais surtout sur la façon de prévenir la transmission ainsi qu’un soupçon de réassurance. C’est le xième cas de gastro cette semaine, ce mois-ci, cette année. Donc « counseilling » de réhydratation, prévention, signe de gravité et tout le tralala.

En remettant à la maman, un petit document explicatif sur le précieux sujet en guise de lecture de chevet, j’aperçois par-dessus son épaule, un petit bébé neuf bien emmitouflé dans la capuche de son Amautik.

« Alors, vous en avez quatre ?”

Accrochant un sourire mi-timide, mi-fière elle me répond : « Non, j’en ai 6! »

J’ajoute donc mon grain de sel final; une mise en garde sur les risques de la gastro chez le nouveau-né. Même en étant immergée dans la réalité du Nord depuis quatre ans, j’avais oublié le temps d’un instant, comment tout ce que je venais de lui dire pouvait lui sembler un gros « too much ».

« On n’a plus d’eau depuis 4 jours … ».

Option 1 : Lui dire d’aller s’acheter un 4 litres d’eau à la Coop à 15-20$.

Laissons faire les insultes.

Option 2 : Lui donner une tape sur l’épaule en disant que j’irai faire un petit message à la radio pour sensibiliser la communauté à la vague de gastro qui s’entame et lui conseiller de privilégier l’eau pour le lavage des mains ? N’importe quoi, même si c’est le mieux que je puisse faire.

Pourtant, elle n’est pas la première qui me transmet ce genre d’info, mi-génée mi-fâchée. Pourtant, j’ai manqué d’eau moi aussi à plusieurs reprises depuis mon arrivée au Nord, mais on est seulement deux, alors je suis bien loin de me plaindre. Pourtant, même à la clinique, il arrive parfois qu’on ouvre le robinet et qu’il n’y ait pas une seule goutte d’eau qui sort du robinet ou qu’on ne puisse pas « flushé » nos besoins de bases.

Ça me sidère.

En 2018, au Nunavik, la promiscuité des logements et les problèmes d’approvisionnement en eau potable donnent le droit à la simple méchante gastro de devenir un cas de santé publique. Pour les familles inuites, appliquer des normes d’hygiène digne du reste de son pays, c’est un défi sans fin. Plus souvent qu’autrement, le problème ne perdure pas dans le temps. Mais une seule journée sans eau dans un 4 ½ qui loge huit personnes incluant personnes âgées et petits poupons, dans un territoire où les infrastructures ne répondent en rien aux normes d’hygiène du reste de sa province, c’est une journée de trop.

On me pose souvent la question ; est-ce qu’ils (les Inuits) font tout pour s’en sortir ?  Admettons que la réponse, c’est loin d’être blanc ou noir. Est-ce que nos gouvernements et notre société font tout pour leur donner toutes les chances de s’en sortir ? Alors je réponds : sûrement pas! Parce que de ne pas pouvoir se laver les mains convenablement après avoir changé la couche de son bébé, ou ne pas pouvoir donner un bain à ses enfants aux deux jours lorsqu’on est citoyen d’une province qui se vantent d’avoir un niveau de qualité de vie qui fait jalouser d’autres pays, c’est plus que gênant. On veut que l’état de santé des Inuits s’améliore… ça comment par une priorisation des besoins de base. Peut-être que sans le souci de ne pas avoir d’eau à la maison, j’aurais eu toute l’attention de cette maman pour recevoir mon enseignement.

One comment on “Chronique #31 : L’absence de goutte d’eau qui fait déborder le vase.

  1. Johanne Asselin dit :

    Une dure réalité,j’espère qu’il va y avoir du changement,vraiment inacceptable c’est une priorité ds un village.Tres beau texte laurie-eve.

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