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Laurie-Eve Langlois
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Chroniques d’une infirmière nordique

Cette chronique témoigne d’une opinion bien personnelle et ne reflète aucunement les dires ou pensées des policiers du Nunavik. Il s’agit seulement de l’expression de ce que je vois et ressens face au travail de mes collègues.

La mort d’un homme, la peur de plusieurs. C’est la tragédie qu’a vécue la communauté d’Inukjuak le 5 septembre. Il y a aussi l’autre tragédie. Celle qui « flirt » entre la loi du silence et le « je-m’en-foutisme » de tous et chacun ; les conditions de pratique de nos policiers du Nunavik. Ils sont mes collègues et font partie de ma petite famille du Nord. De jeunes policiers, quelques-uns un peu moins jeunes. Ils sont ici pour diverses raisons. Beaucoup d’entre eux ont franchi le 55e parallèle faute d’avoir un emploi au Sud. Ils sont les fils de parents, les conjoints d’une femme qui les attend durant de longs mois d’absence et les papas de petits gamins qu’ils verront faire leur premier pas par vidéo.

L’immensité de la toundra, la beauté de la culture inuite, les richesses du Nord… ça se résume à bien peu pour ces héros qui sont constamment amenés à intervenir dans des milieux où l’alcool, la violence, la drogue et les crimes atroces se perpétuent comme des traînés de poudre. Ils interviennent en effectif réduit à tous les jours, dans des conditions qui ne s’apparentent en rien aux interventions policières du Sud. Sur un peu moins de 2000 habitants, ils se promènent entre les mêmes 10-20 % de population intoxiquée, récalcitrante, incorrigible. Ils n’ont pas le temps, l’énergie et probablement l’envie pour le reste, pour le beau.

C’est ça l’autre tragédie. Celle qui règne sur cette jeune relève policière incapable d’avoir du « back-up » dans un délai raisonnable. Cette journée-là, comme trop d’autres qui l’on précédés ici et dans d’autres communautés, ils ont du intervenir durant quasi 24 heures, sans dormir, sans manger, à mi-temps sous la pluie glaciale de septembre et à mi-temps entre deux « shacks » en guise de bouclier. Tout en devant assurer un minimum de réponse aux autres appels d’urgence. Des policiers qui ont des petits fusils qui peuvent à peine atteindre un pigeon, contre un homme en détresse, avec une arme assez puissante pour traverser les murs.

Cette tragédie ; la mort d’un homme en détresse, un deuil de plus pour une communauté trop déchirée par celles d’avant. Cette autre tragédie ; le climat de pratique à l’air du «Far West» dans lequel les agents de la paix du Nord doivent quotidiennement intervenir sous l’impuissance des revendications et du plus grand désir de cesser d’être des victimes de cette tendance du « faire plus avec moins » qui règne dans le tier monde du Québec.

Nos défis professionnels sont à des années-lumière, notre discours par rapport aux communautés nordiques l’est parfois aussi. Ça n’enlève rien à l’admiration que j’ai pour leur travail, leur courage et leur sang froid. Le 5 septembre dernier, pour une xième fois, on s’est inquiété pour nos policiers. Dénoncer l’inchangeable réalité est pour moi une façon de souligner leur bravoure et de leur donner une p’tite tape dans le dos.

6 comments on “Chronique #32 : L’autre tragédie.

  1. Johanne Asselin dit :

    Tellement bien écrit, bravo pour cette belle chronique qui nous fait vivre la réalité des policiers ds le Nord.

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  2. Doris dit :

    Bonjour, quelle vie difficile pour ce peuple! Merci pour cette vue de l’intérieur qui nous permet de réaliser ce que vivent les inuits et tous ceux qui comme toi s’exilent pour y travailler et contribuent à améliorer leur sort. Merci

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  3. Francoise Langlois dit :

    Vous êtes des héros de tous les jours , infirmiers(ères), policiers(ères) avec ce besoin de soutenir, de protéger , d’améliorer la vie des gens dans le Grand nord. Toute mon admiration!

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  4. Therese Leclerc dit :

    Merci pour votre témoignage,la vie de ces hommes et femmes est souvent mis en danger et jamais on fait mention de leur condition de vie .Oui ils ont des mères ,des pères et des conjointes ou conjoints et ceux ci s’inquiètent souvent pour eux ,ils sont braves et courageux je leur dit bravo
    Une mère qui aime son fils si courageux et qui se donne à 200% pour ce travail

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  5. France Trudel dit :

    Bravo pour tous ceux qui ont ce besoin et cette capacité de soutenir mais SVP continuez de dénoncer haut et fort cette situation non acceptable qui touche toute une population qui encore aujourd’hui, est traitée d’une façon inacceptable par nos dirigeants comme si les lois ne les atteignaient pas, comme s’il n’avait pas le DROIT fondamental d’être protégé au même titre que tous les canadiens et les québécois. Continuez à dénoncer je suis entièrement avec vous. MERCI de nous faire prendre conscience de toutes ces injustices

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  6. Louise Desnoyers dit :

    Ce texte reflète bien les réalités du nord…merci de partage!

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