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Laurie-Eve Langlois
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Chroniques d’une infirmière nordique

Tous les mercredis matins… depuis près d’un an… je ressens un certain malaise au boulot.

Chaque matinée a sa particularité ici, au CLSC. Tous les mercredis, les gens de la communauté viennent chercher leurs médicaments. On nomme ça la journée des «refills» ! C’est aussi le mercredi matin qu’on donne « les injections » !

Comme au Sud, quelques patients de la communauté souffrent malheureusement de schizophrénie. Certains d’entre eux reçoivent une médication pour les rendre « plus stables », qu’ils puissent « fonctionner » en société, pour atténuer leurs symptômes. C’est toujours délicat de parler de cette maladie… On veut être certain d’employer les bons mots, pour ne pas blesser, ne pas juger… mais est-ce qu’il y a vraiment des bons mots pour définir une maladie qui s’emparent petit à petit de tes pensées, de tes émotions et un peu de ta joie de vivre. Ce n’est pas la définition scientifique de la schizophrénie… mais c’est pour moi ce qu’elle signifie. C’est une des plus terribles maladies qui existent ; par ce qu’elle est et surtout du fait qu’elle soit encore aujourd’hui en 2016 tellement stigmatisée.

Le mercredi matin donc, au travers de ces patients qui viennent pour leur « refills » , nous voyons aussi une vingtaine de patients qui reçoivent des injections. Certains d’entre eux sont obligés (décision prise par un juge pour différentes raisons médicales), de venir toutes les trois ou quatre semaines, afin de se faire injecter cette médication, disons les vraies choses… contre leur gré.

Ça prend environ cinq minutes ; un petit «Ulakut! (Bon matin) How are you ?» Quelques phrases de surface échangées… et  « 1-2-3, take a deep breath» ! Et voilà… injection donnée ! Le patient repart souvent avec le même sourire qu’il avait à son arrivée. Un sourire franc, mais qui cache souvent de la honte, de la colère, de l’incompréhension. Certains d’entre eux comprennent plus ou moins ce pourquoi ils viennent, d’autres le fond avec une frustration qu’ils garderont toute leur vie.

Malgré toute l’empathie que je puisse avoir pour les gens atteints de cette maladie, je demeure inconfortable tous les mercredis matins depuis plus d’un an. Cette «séance d’injection à la chaîne» (attention ici… c’est pour imager ma pensée), je la trouve impersonnelle, tatouée de malaises, empreinte de douleur.

Il y a des aspects de notre travail qu’on aime plus… les « injections » ça n’en fait pas partie ! Je préfère et de loin, lorsque je croise ces patients dans le petit gym à côté du Nursing ! Leur sourire est tout aussi franc, mais il ne cache rien de triste !

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