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Laurie-Eve Langlois
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Chroniques d’une infirmière nordique

Pour que je raconte cette histoire aujourd’hui, elle s’appellera Alice.

Elle avait à peine 30 jours de vie, une petite pressée qui était venue au monde. En âge corrigé, elle avait moins d’une semaine. Alice avait été admise au département de Puvirnituq, quelques jours avant Noël 2014. Malgré qu’elle était bien vigoureuse pour ses quelques jours de vie, elle oubliait parfois de respirer. Elle faisait des pauses respiratoires (apnées) de quelques secondes (des secondes qui sont nous paraissent des heures). Alice avait besoin de surveillance constante, il fallait la stimuler, lui faire doucement penser qu’elle devait respirer. Parfois, un simple claquement de main, un peu d’air au visage suffisait à lui donner le signal… parfois un peu plus d’aide avec l’Ambu-Bag (ballon avec un masque avec lequel on peut contrôler et donner de l’oxygène au patient).

Alice était installée dans une toute petite chambre vitrée, devant le poste des infirmières. Je travaillais de nuit au département dans ce temps… durant une semaine, elle était ma petite patiente, il fallait qu’elle soit en 1 :1 (une infirmière, un patient). Pour des raisons que j’ignore, maman n’est pas venue voir Alice durant son hospitalisation ; à peine deux ou trois coups de fil pour avoir des nouvelles, mais Alice ne manquait pas d’amour, le personnel l’aimait d’amour.

J’avais un sentiment bien spécial envers cet enfant.

Certaines personnes pourraient dire que je n’avais pas assez de « détachement », que dans notre profession, on doit demeurer dans l’empathie… et ne pas déborder de ça. Honnêtement, je m’en moque un peu… Alice, je l’aimais beaucoup, son visage et ses pleurs, je les garde en mémoire, c’est tout. À bercer Alice, à surveiller son moniteur attentivement, à regarder sa petite cage thoracique se soulever au rythme des secondes, puis s’arrêter un peu trop longtemps avant de reprendre la cadence, je me donne le droit de ne pas l’oublier… je lui donne le droit de m’avoir marqué.

Après plus d’une semaine, un peu après le Nouvel An, Alice a eu son congé… enfin ses petits poumons s’étaient décidés à ne plus s’arrêter. Puis, j’ai quitté Puvirnituq quelques semaines après pour venir à Inukjuak… gardant en mémoire et en photo (la seule que j’ai d’un de mes patients), cette petite qui m’avait autant donné la frousse que le sourire.

Quelques mois plus tard, après s’être battue très fort pour respirer d’elle-même et a l’heure ou il n’y avait plus d’inquiétudes que ses petits poumons oublient d’inspirer…

Alice est décédée.

Dans des circonstances tragiques, un incendie s’est acharné sur sa petite maison… la fumée et les flammes l’ont emporté.

Petit ange, j’ai souvent une pensée pour toi… Tu es là, avec tous les autres guerriers qui sont partis trop tôt, là où tu ne peux plus oublier de respirer…

Veilles sur ta communauté maintenant.

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